L'isola grande di Chiloé 2

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"Le capitaine Fitz-Roy désirant avoir des données exactes sur quelques points de la côte occidentale de Chiloé, il est convenu que je me rendrai à Castro avec M. King et que de là nous traverserons l’île pour aller à la Capella de Cucao, située sur la côte occidentale. Nous nous procurons un guide et des chevaux et nous nous mettons en route le 22 au matin. (…) Dans ce pays, le seul à peu près de l’Amérique du Sud où l’on puisse voyager sans avoir besoin de porter des armes, on fait vite connaissance.
Gli isolotti dei pinguini e delle lontre.
Gli isolotti dei pinguini e delle lontre.

Una femmina di caranca.
Una femmina di caranca.
Tout d’abord, collines et vallées se succèdent sans interruption ; mais, à mesure que nous approchons de Castro, le pays devient plus plat. La route en elle-même est fort curieuse ; elle consiste dans toute sa longueur, à l’exception de quelques parties bien espacées, en gros morceaux de bois, les uns fort larges et placés longitudinalement, les autres fort étroits et placés transversalement. (…) De grands arbres forestiers, dont les troncs sont reliés par des plantes grimpantes, forment un véritable mur de chaque côté de la route. (…)
  On m’a affirmé que plusieurs personnes avaient autrefois perdu la vie en essayant de traverser la forêt. C’est un Indien qui, le premier, a réussi à accomplir ce voyage en s’ouvrant un passage la hache à la main ; il mit huit jours à se rendre à San-Carlos. Le gouvernement espagnol le récompensa par une concession de terres. Pendant l’été, beaucoup d’Indiens errent dans les forêts, principalement toutefois dans les parties les plus élevées de l’île, là où les bois ne sont pas tout à fait aussi épais ; ils vont à la recherche des bestiaux à demi sauvages, qui mangent les feuilles des roseaux et de certains arbres.

Il lago di Cucao. L'arrayan.
Il lago di Cucao. L'arrayan.
Ce fut un de ces chasseurs qui découvrit par hasard, il y a quelques années, l’équipage d’un bâtiment anglais qui s’était perdu sur la côte occidentale; les provisions commençaient à s’épuiser, et il est probable que, sans l’aide de cet homme, ils ne seraient jamais sortis de ces bois presque impénétrables ; un matelot mourut même de fatigue pendant la route. Les Indiens, pendant ces excursions, règlent leur marche d’après la position du soleil, de telle sorte que, si le temps est couvert, ils sont forcés de s’arrêter.

Felci giganti al bordo di un humedal.
Felci giganti al bordo di un humedal.
Il fait un temps admirable ; un grand nombre d’arbres chargés de fleurs parfument l’air ; c’est à peine cependant si cela suffit pour dissiper l’effet que vous cause la triste humidité de ces forêts. En outre, les nombreux troncs d’arbres morts, debout comme autant de squelettes, donnent toujours à ces forêts vierges un caractère de solennité qu’on ne retrouve pas dans les forêts des pays civilisés depuis longtemps. Peu après le coucher du soleil, nous bivouaquons pour la nuit.

Un arroyo nel centro del tepual.
Un arroyo nel centro del tepual.
(…) Pas un seul nuage au ciel pendant la nuit ; aussi pouvons-nous jouir de l’admirable spectacle que produisent les étoiles innombrables qui illuminent les profondeurs de la forêt.

Simona nel parco.
Simona nel parco.
(…) Le lendemain, don Pedro nous procure des chevaux et s’offre à nous accompagner lui-même. Nous nous dirigeons vers le sud, en suivant presque constamment la côte ; nous traversons plusieurs hameaux, dans chacun d’eux nous remarquons une grande église construite en bois et ressemblant exactement à une grange. Arrivés à Vilipilli, don Pedro demande au commandant de nous procurer un guide pour nous conduire à Cucao.

Le commandant est un vieillard ; il s’offre cependant à nous servir lui-même de guide ; mais ce n’est qu’après de longs pourparlers, car il a peine à comprendre que deux Anglais aient réellement l’intention d’aller visiter un endroit aussi retiré que l’est Cucao. (…) A Chonchi, nous tournons le dos à la côte pour nous enfoncer dans les terres ; nous suivons des sentiers à peine tracés, traversant tantôt de magnifiques forêts, tantôt de jolis endroits cultivés où abondent le blé et la pomme de terre. Ce pays boisé, accidenté, me rappelle les parties les plus sauvages de l’Angleterre, ce qui n’est pas sans me causer une certaine émotion. A Vilinco, situé sur les bords du lac de Cucao, il n’y a que quelques champs en culture ; ce village paraît habité exclusivement par des Indiens. Le lac a 12 milles de longueur et s’étend de l’est à l’ouest. En raison de circonstances locales, la brise de mer souffle très-régulièrement pendant la journée et le calme le plus complet règne pendant la nuit (…)

Cormorani liles a Castro.
Cormorani liles a Castro.
Des deux côtés du lac, la forêt règne sans aucune interruption. (…) A Cucao nous trouvons une hutte non habitée ; c’est la résidence du padre quand il vient rendre visite à cette capella ; nous nous emparons de cette habitation, nous allumons du feu, nous faisons cuire notre souper et nous nous trouvons tout à fait à l’aise.
Le district de Cucao est le seul point habité de toute la côte occidentale de Chiloé. Il contient environ trente ou quarante familles indiennes, éparses sur 4 ou 5 milles de la côte. Ces familles se trouvent absolument séparées du reste de l’île, aussi font-elles fort peu de commerce ; elles vendent toutefois un peu d’huile de phoque. Ces Indiens fabriquent leurs propres vêtements et sont assez bien habillés ; ils ont des aliments en abondance, et cependant ils ne paraissent pas satisfaits ; ils sont aussi humbles qu’il est possible de l’être. Ces sentiments proviennent en grande partie, je crois, de la dureté et de la brutalité des autorités locales. Nos compagnons, fort polis pour nous, traitaient les Indiens en esclaves plutôt qu’en hommes libres. Ils leur ordonnaient d’apporter des provisions et de nous livrer leurs chevaux sans daigner leur dire ce qu’on leur payerait ou même si on les payerait du tout. Restés seuls un matin avec ces pauvres gens, nous nous en fîmes bientôt des amis en leur donnant des cigares et du maté. Ils se partagèrent fort également un petit morceau de sucre et tous y goûtèrent avec la plus grande curiosité. Puis les Indiens nous exposèrent leurs nombreux sujets de plainte, finissant toujours par nous dire : « C’est parce que nous sommes de pauvres Indiens ignorants que l’on nous traite ainsi ; cela n’arrivait pas quand nous avions un roi. »

Preti ad Achao.
Preti ad Achao.

(…) Les habitants de Chiloé mettent à profit cette semaine de beau temps extraordinaire pour brûler leurs forêts ; on ne voit de toutes parts que des nuages de fumée.
Mais, bien qu’ils aient grand soin de mettre le feu à la forêt de plusieurs côtés à la fois, ils ne peuvent parvenir à provoquer un grand incendie.
Nous dînons avec notre ami le commandant et n’arrivons à Castro qu’à la nuit close. Le lendemain matin, nous partons de bonne heure. Après une étape assez longue, nous arrivons au sommet d’une colline d’où, spectacle fort rare dans ce pays, la vue s’étend sur la forêt.
Au-dessus de l’horizon des arbres s’élève, dans toute sa beauté, le volcan de Corcovado, et un volcan à sommet plat un peu plus au nord ; c’est à peine si nous pouvons distinguer un autre pic de la grande chaîne. Jamais le souvenir de cet admirable spectacle ne s’effacera de ma mémoire. Nous passons la nuit en plein air et le lendemain matin nous arrivons à San Carlos. Il était temps, car le soir même la pluie se met à tomber à torrents.
4 février. — Nous mettons à la voile. Pendant la dernière semaine de notre séjour à Chiloé, j’avais fait quelques courtes excursions. Entre autres, j’avais été examiner une couche considérable de coquillages, appartenant à des espèces encore existantes, située à une hauteur de 350 pieds au-dessus du niveau de la mer ; des arbres immenses poussent maintenant au milieu de ces coquillages. Un autre jour je me rends à Punta Huechucucuy. J’avais pour guide un homme qui connaissait beaucoup trop bien le pays ; nous ne pouvions traverser un ruisseau, une crique ou une langue de terre sans qu’il me donnât avec force détails le nom indien de l’endroit. De même qu’à la Terre de Feu, le langage des Indiens semble admirablement s’adapter à désigner les caractères les plus infinies du paysage. Nous sommes tous enchantés de dire adieu à Chiloé ; ce serait cependant une île charmante, si des pluies continuelles n’y engendraient autant de tristesse.
Il y a aussi quelque chose de fort attrayant dans la simplicité et l’humble politesse de ses pauvres habitants."
Charles Darwin, Voyage d’un naturaliste autour du monde

Crepuscolo lungo l'emissario del lago di Cucao.
Crepuscolo lungo l'emissario del lago di Cucao.




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